Ô POUVOIR DES MOTS – Quand l’école prend la parole…

Dossier complet à télécharger : Séminaire CLACESO 2018 à Coppet

« […] le style est bien souvent celui de la conversation sans égale de madame de Staël. Il est vrai que quand elle parlait, son regard si vif, son attitude expressive, une manière animée et mordante d’accentuer, donnaient un sens frappant et particulièrement agréable à certains mots qu’elle-même avait consacrés. »

Notice sur le caractère et les écrits de Mme de Staël, Albertine-Adrienne Necker de Saussure, 1820

Buts du séminaire

  1. Aborder la question du pouvoir sous l’angle de la capacité des individus à communiquer et à influencer leur entourage.
  2. Expérimenter des pratiques d’expression en lien avec la prise de parole et prendre conscience de sa propre compétence en la matière.
  3. Réfléchir et discuter de situations cruciales qui, dans le cadre scolaire, donnent aux mots une résonance particulière.

Notre prochain séminaire aura lieu en terre vaudoise, dans la région de Coppet. La proximité de son château et la figure emblématique de Germaine de Staël nous ont incités à aborder, durant ce séminaire, une thématique originale : le pouvoir des mots et la prise de parole. À l’heure où les nouvelles technologies semblent prendre le pas sur la communication directe, sur l’usage d’une parole qui s’exprime dans le souffle de la voix, il nous semble intéressant de faire ce pas de côté pour questionner notre propre rapport au langage et à l’expression par le verbe.

Un chef d’établissement, en maintes occasions, doit prendre la parole pour faire part d’un point de vue, développer un thème, convaincre ses interlocuteurs. Pris sur le vif, il peut se sentir démuni pour trouver ses mots ou, au contraire, inspiré par une idée qui lui tient à cœur. Dans son Art poétique (1674), Boileau nous dit : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement – Et les mots pour le dire arrivent aisément. » La prise de parole est toujours exigeante, mais quelle sensation agréable que de pouvoir discourir avec aisance et de sentir que l’on nous écoute ! Dans notre métier, la compétence de communication est essentielle si l’on veut pouvoir incarner notre rôle et prendre notre place.

Dans une école, combien de mots sont-ils prononcés en une seule journée ? Dans les moments formels et informels, un océan de paroles s’échangent quotidiennement. Les conversations vont bon train dans le préau, dans la salle des maîtres, dans les différents espaces de rencontres… Mais de quoi sont-elles empreintes ? Le choix des mots et la manière de les exprimer influencent bien évidemment la qualité de l’échange et ont un effet sur le climat d’établissement. Ali Benmakhlouf, notre intervenant principal durant ce séminaire, définit la conversation comme un  lien humain qui nous fait tenir les uns aux autres par la parole – « La conversation a pris ce sens étroit de la relation à l’autre par la parole. » Converser n’est donc pas simplement palabrer de tout et de rien avec ses semblables, mais c’est « l’art de rendre perplexe, d’aller en profondeur vers les questions ouvertes. » – « Converser pour alimenter le doute et non pour être certain. »[1]

Pour donner à Germaine de Staël une place particulière dans notre séminaire, nous avons choisi trois verbes qu’elle incarnait avec force et finesse : penser, écrire, parler. Nous avons décidé de donner à chacun d’eux une dimension pratique, en invitant des philosophes, écrivains et comédiens pour animer différents ateliers. Vous aurez donc l’occasion de vous exercer à utiliser la parole comme un outil dont on se saisit pour sculpter sa pensée et ciseler ses phrases, afin de transmettre ce que l’on veut vraiment dire aux autres et, parfois aussi, à soi-même. Germaine de Staël est un bel exemple d’éloquence et d’autorité, elle qui a su faire trembler Napoléon avec une plume alerte évoquant une pensée en avance sur son temps et une parole virevoltante, sachant si bien se faire entendre.

À l’école de la parole, nous y allons toute notre vie et nous ne cesserons jamais d’apprendre à exprimer ce que nous cherchons à dire… Mais la parole à l’école, elle, nous échappe bien souvent ! En effet, comment agir et réagir quand les mots deviennent des insultes entre élèves, dans le préau voire dans la classe ? quand une situation extraordinaire se présente à nous et nous demande de nous exprimer dans les médias ? ou quand il n’y a plus de mots parce que le drame a frappé à la porte du collège et que tout le monde attend, malgré tout, que nous prenions la parole ?

« Ô pouvoir des mots ! », dirons-nous, invoquant cette autorité permettant à chacun de devenir auteur de lui-même. Oui, nous savons bien qu’ils ont du pouvoir, les mots, et qu’il est primordial d’en user avec tact[2] pour avoir de l’impact !

Pour le comité d’organisation :

Pierre-Etienne Gschwind

[1] La conversation comme manière de vivre, Ali Benmakhlouf, Albin Michel, 2016.

[2] Eduquer avec tact, Eirick Prairat, ESF sciences humaines, 2017

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